1. Une intelligence de premier ordre?

Je suis parvenu ¢ la conclusion que l'essence même, ou le point de départ, de la pensée « intégrative » tenait dans cette citation géniale de F. Scott Fitzgerald : « Le critère d'une intelligence de premier ordre est la faculté pour l'esprit de fonctionner tout en envisageant simultanément deux idées opposées ». Cette phrase est tellement célèbre que tout le monde l'a entendue. Je ne connaissais pas la phrase qui suit jusqu'¢ ce que je vérifie que la citation que j'avais était la bonne, au mot près. J'adore la suite. Elle est magique, j'en ai presque les larmes aux yeux : « On devrait pouvoir comprendre que les choses sont sans espoir et cependant être décidé ¢ les changer ». C'est ce qui, singulièrement, était le plus courant chez tous ces dirigeants ayant réussi que j'ai interrogés. Le seul point sur lequel je pense être en désaccord avec F. Scott Fitzgerald, mais il n'est plus parmi nous alors je ne peux pas vérifier, est l'expression « intelligence de premier ordre ». Je trouve qu'on a tendance ¢ associer cette formule ¢ l'idée de dieu et d'un cerveau gigantesque. C'est du moins la manière dont on l'utilise généralement, et je ne suis simplement pas d'accord, car ce que j'ai pu voir en termes d'apprentissage des élèves me laisse ¢ penser que ce n'est pas une question de taille du cerveau, mais une question d'aptitudes et de pratique. C'est donc la seule chose sur laquelle je pourrais être en désaccord avec F. Scott Fitzgerald.

2. Conflits de modèles

La question est alors : pourquoi, pourquoi est-ce si difficile? Si F. Scott Fitzgerald dit vrai, alors c'est si difficile que seul un nombre très restreint d'entre nous peut le faire. Pourquoi serait-ce si difficile? J'en suis venu ¢ penser que la difficulté réside dans la façon dont nous percevons et comprenons le monde. Je crois que c'est la clé. Il ne s'agit pas de choisir entre modéliser et ne pas modéliser. Nous modélisons toujours, mais nous ne sommes pas conscients du fait que nous le faisons. Quelle est la conséquence de cette tendance? Pour moi, il s'ensuit que la vie crée naturellement des modèles antagonistes. Ainsi, nous regardons cette image, qui est en fait la modélisation qu'une personne a construite ¢ partir de cette image, métaphoriquement parlant, et ceci est la modélisation que la personne suivante tire de cette même image. En un sens, elles ne savent pas qu'elles modélisent et, en règle générale, les gens diront que ce qu'ils regardent est la réalité. C'est ce qui rend les modèles antagonistes effrayants. Effrayants par nature. Parce que, si ce que nous regardons est la réalité, et que quelqu'un d'autre pense différemment, que penser d'eux? Qu'ils ont tort. Non? Cela nous pousse naturellement ¢ choisir entre deux options fondamentales lorsque nous sommes face ¢ une confrontation entre des modèles, quels qu'ils soient. Première option : craindre la confrontation et l'éviter. Pourquoi ? Parce que ce que nous regardons est la réalité. Les autres voient quelque chose de différent, donc nous allons nous battre. Nous allons nous disputer. Je vais devoir les convaincre qu'ils ont tort ou peut-être qu'ils prendront le dessus parce que ce sont mes supérieurs. Nous avons donc tendance ¢ éviter les confrontations de modèles parce que nous en avons peur. Et quelle est la méthode imparable, éprouvée par le temps, pour éviter ces affrontements entre modèles? Ne pas inviter les autres ¢ la réunion. Si vous n'invitez pas les autres ¢ la réunion, vous n'aurez pas de confrontation entre modèles. Non? Si vous savez qu'ils vont s'exprimer et penser autrement que vous, ne les invitez pas ¢ la réunion, faites les choix et avancez. Donc, au lieu de gérer les affrontements entre modèles de façon productive, on peut choisir la peur et la dérobade.

L'autre choix possible est ce que j'appelle l'approche technocratique. Il s'agit de cons

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