Qu'est-ce que la documentation pédagogique? C'est un processus d'étude qui découle de la génération de données significatives pour la personne qui effectue l'étude. Cette personne peut prendre des photos, utiliser la vidéo, noter des observations sur une planchette à pince placée sur une étagère, et ainsi de suite. Il y a aussi toutes sortes de nouveaux appareils technologiques qui sont autant de moyens différents. Nous étudions alors les données ainsi générées, et c'est ce processus d'étude qui les rend pédagogiques.
Ce qui rend la documentation pédagogique réellement significative, c'est l'enquête que l'adulte a l'intention d'en faire, car lorsqu'il recueille des données, il a déjà une idée de ce que sera l'objet de son étude. Et c'est cela qui aide à donner un sens à la documentation.
Il y avait une éducatrice qui s'intéressait beaucoup au dessin et elle a demandé si un enfant de cinq ans pouvait dessiner à partir d'une observation. « Oui », ont répondu certains. Et ceux de quatre ans? « Oui, aussi. » Alors elle a demandé si ceux de trois ans pouvaient dessiner à partir d'une observation. Certaines personnes ont dit « Mais non Annette! C'est fou! Tu ne peux pas faire ça. » Mais elle a dit qu'elle essaierait quand même. Elle a offert aux enfants de dessiner des roses et quatre d'entre eux ont accepté. Regardez ce qu'une enfant de trois ans a dessiné. Nous trouvons ça extraordinaire, car si vous commencez à suivre la ligne du crayon qui tourne et tourne à partir du milieu et que vous pensez à l'œil de l'enfant qui se promène sans cesse entre la rose et le papier et le crayon, la coordination des points de référence entre ce qu'elle regarde et sa main est extraordinaire. Voilà la compétence d'une enfant de trois ans.
Alors supposons que nous mettons en place l'habitude de documenter, les éducatrices et les éducateurs vont se demander « Qu'est-ce que je suis censé documenter? Quoi choisir? » C'est très intéressant de voir comment les éducatrices et les éducateurs développent un sens pour ce qu'il faut documenter. Ça peut provenir d'une question que les adultes se posent sur leur programme et leurs enfants. Ça peut provenir du sens de l'observation pour ce qui est surprenant.
Par exemple, des enfants s'affairaient à enfiler des perles sur un fil et l'éducatrice a remarqué que l'un d'eux s'était absenté et était revenu avec un petit tuyau. Elle s'est demandé « Qu'est-ce que ce petit veut savoir? Qu'est-ce qui a attisé sa curiosité? Je pense qu'il va se produire quelque chose d'intéressant. » Elle s'intéresse donc à ce qui se passe et, évidemment, il s'est produit quelque chose d'intéressant. L'enfant s'est mis à insérer des perles dans le haut du tuyau et à s'intéresser d'une manière extraordinaire aux sons qu'elles faisaient en tombant et aux ombres qu'elles projetaient sur les parois. On pouvait voir qu'il était vraiment heureux.
Un autre aspect important est ce que Leslie Valentine appelle « la publication ». En d'autres termes, vous mettez votre documentation à la disposition des autres. Ce à quoi vous avez attribué de la valeur et de l'importance va être vu et commenté par d'autres personnes. Or vont-elles le voir avec la même intention que vous? Vous ne pouvez pas le savoir, n'est-ce pas? C'est donc un peu effrayant, et beaucoup d'éducateurs passent par une sorte de phase d'inquiétude au sujet de la publication.
Un autre aspect, c'est la littératie visuelle. Voici un bon exemple, c'est un carton représentant l'expérience qu'une éducatrice a eu en développement de la littératie visuelle. C'était l'une de mes étudiantes, Victoria Guyevsky elle m'a autorisée à partager cette histoire, c'est elle qui a fabriqué ce carton. Dans ce cas-ci, l'arrière-plan orange est une véritable distraction. Il y a un gros titre, qu'on pourrait traduire par « Tout un chahut », et j'ai proposé de dire ce que je voyais : « Je vois que c'est orange, qu'il y a eu tout un chahut, qu'il y a des photos d'enfants costumés, il y a donc dû y avoir tout un chahut. » Elle s'est écriée « Non! Non Carol Anne. Toi plus que quiconque devrait voir ce qui se passe. Il s'agit de Michael. Il pense que les singes sont plus puissants que les lions. » J'ai dit « Victoria! Je ne peux pas voir ça dans ce carton. Comment pourrais-je dire qu'il s'agit de Michael? Il y a 15 photos! »
Ça arrive souvent : les éducatrices et éducateurs commencent avec un fouillis et l'histoire est dans leur tête, mais arriver à monter un scénario qui illustre cette histoire, c'est toute une expérience d'apprentissage. Je dirais que c'est aussi difficile que d'écrire un exposé théorique.
Elle est revenue avec ceci. Elle a utilisé un fond neutre qui ne détourne pas notre attention de ce qu'elle veut nous montrer. Elle a réduit le nombre de photos de 15 à 7. Elle a mis un nouveau titre qui oriente notre pensée, qu'on pourrait traduire par « Les avantages d'un conflit ». Et elle utilise des textes beaucoup plus succincts et un choix de photos judicieux pour expliquer sa théorie à propos de ce qui se passe.
Nous ne savons pas si c'est exact ou non, mais maintenant qu'elle a fait ça, nous pouvons en discuter.

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